
Alors que la Côte d’Ivoire, championne en titre, dispute la coupe d’Afrique des Nations 2025 à domicile, le poids de cette histoire récente nourrit les doutes et alimente les débats. Retour approfondi, année après année, sur cette série noire qui colle à la CAN.
2012 – L’Égypte absente après un triplé historique
Triple championne d’Afrique en 2006, 2008 et 2010, l’Égypte dominait alors le football africain comme rarement une sélection l’avait fait auparavant. Cette équipe, bâtie autour d’un noyau de joueurs locaux ultra-compétitifs et parfaitement rodés aux joutes continentales, semblait installée durablement au sommet. À ce moment-là, l’Égypte représentait la stabilité, la maîtrise tactique et la régularité absolue.
Pourtant, en 2012, les Pharaons sont totalement absents de la phase finale de la CAN. Un choc immense pour l’Afrique du football. Cette non-qualification ne relève pas d’un simple accident sportif, mais d’un contexte national profondément perturbé. La révolution de 2011 plonge le pays dans une instabilité politique majeure, paralysant le championnat local pendant de longs mois. Les joueurs manquent de compétition, les clubs sont désorganisés et la sélection perd ce qui faisait sa force : la continuité.
À cela s’ajoute la fin progressive d’une génération exceptionnelle. Les cadres historiques arrivent en bout de course, tandis que la relève n’est pas prête à prendre le relais. L’absence à la CAN 2012 marque ainsi la fin brutale d’un empire africain et illustre combien même la domination la plus totale peut s’effondrer rapidement.
2013 – La Zambie éliminée dès le premier tour
La Zambie aborde la CAN 2013 avec un statut unique. Son sacre en 2012, acquis au Gabon sur le lieu du drame aérien de 1993, avait dépassé le cadre du sport pour devenir un symbole national et émotionnel extrêmement fort. Cette victoire reposait sur un collectif soudé, une discipline tactique rigoureuse et une énergie collective hors norme.
Un an plus tard, en Afrique du Sud, la magie disparaît. Dès la phase de groupes, la Zambie peine à retrouver l’intensité et la fraîcheur mentale qui avaient porté son exploit. Le jeu est plus fermé, plus prévisible, et l’équipe semble jouer avec le poids de son passé glorieux plutôt qu’avec la liberté du champion sortant.
Les adversaires, désormais méfiants, sont mieux préparés. Ils exploitent les limites techniques et le manque de profondeur de banc des Chipolopolo. L’élimination dès le premier tour révèle une réalité structurelle : le sacre de 2012, aussi magnifique soit-il, n’a pas été accompagné d’un développement suffisant pour installer la Zambie durablement au sommet.
2015 – Le Nigeria absent de la CAN
Champion d’Afrique en 2013, le Nigeria aborde les éliminatoires de la CAN 2015 avec confiance. Pourtant, les Super Eagles échouent à se qualifier pour la phase finale. Une absence retentissante pour l’une des nations les plus emblématiques du football africain, habituée aux grands rendez-vous.
Sur le terrain, les éliminatoires sont marqués par un manque de régularité et une impression de suffisance. Le Nigeria peine à imposer son statut et laisse filer des points cruciaux. Mais cet échec sportif trouve surtout son origine dans un profond désordre institutionnel.
La fédération traverse alors une période de conflits internes, de décisions contradictoires et de changements fréquents à la tête de la sélection. Les joueurs évoluent dans un climat d’incertitude permanente, sans projet clair ni continuité technique. L’absence à la CAN 2015 illustre parfaitement la fragilité des succès africains lorsqu’ils ne reposent pas sur une gouvernance stable.
2017 – La Côte d’Ivoire stoppée dès le premier tour
Championne d’Afrique en 2015, la Côte d’Ivoire arrive à la CAN 2017 avec l’ambition de prolonger son règne. Mais très vite, les Éléphants montrent des signes de fatigue. Le jeu est lent, parfois stérile, et l’équipe peine à créer du danger face à des adversaires bien organisés.
Les matchs de groupe révèlent une sélection en fin de cycle, incapable de retrouver l’intensité et la maîtrise qui avaient fait sa force deux ans plus tôt. L’élimination précoce est brutale, mais elle apparaît presque logique au regard des prestations.
Cette sortie prématurée met en lumière une transition générationnelle mal anticipée. Les leaders historiques ont quitté la scène ou ne sont plus au sommet de leur art, tandis que la nouvelle génération peine à s’imposer. La Côte d’Ivoire paie alors le prix d’un renouvellement trop tardif et d’un manque de repères collectifs.
2019 – Le Cameroun éliminé en huitièmes de finale
Tenant du titre après son sacre en 2017, le Cameroun aborde la CAN 2019 sans jamais réellement convaincre. Le parcours est irrégulier, les performances manquent de maîtrise et l’équipe donne souvent l’impression de subir plutôt que de dominer.
L’élimination en huitièmes de finale face au Nigeria confirme ces doutes. Malgré des individualités reconnues, le Cameroun peine à imposer une identité de jeu claire. Les choix tactiques discutés et les ajustements constants empêchent la formation d’un véritable collectif.
L’absence de leaders naturels sur le terrain se fait sentir dans les moments clés. Cette élimination illustre une fois encore la difficulté pour un champion en titre de conserver son autorité face à une concurrence toujours plus affamée.
2022 – L’Algérie éliminée dès le premier tour
Championne d’Afrique en 2019 et invaincue pendant 35 matchs, l’Algérie arrive à la CAN 2022 avec le statut de favori absolu. Jamais une sélection n’avait semblé aussi solide avant d’aborder une phase finale. Pourtant, le scénario tourne rapidement au cauchemar.
Les Fennecs quittent la compétition dès le premier tour, sans la moindre victoire. Chaque match révèle une équipe crispée, en manque de lucidité et d’efficacité offensive. Les adversaires, bien organisés défensivement, jouent sans complexe face à un champion sous pression.
Le poids du statut, la pression populaire et l’incapacité à s’adapter aux réalités du tournoi expliquent cette chute brutale. Cette élimination rappelle avec force que la CAN ne pardonne ni l’excès de confiance ni le manque de flexibilité tactique.
2024 – Le Sénégal stoppé en huitièmes de finale
Vainqueur de la CAN 2021, le Sénégal aborde l’édition 2024 avec l’objectif clair de confirmer. Le parcours est solide mais s’arrête en huitièmes de finale, au terme d’un match où les Lions de la Teranga manquent de tranchant dans les moments décisifs.
Le Sénégal subit pleinement son nouveau statut. Chaque adversaire se mobilise avec une intensité maximale, transformant chaque rencontre en combat. Cette pression constante, ajoutée à l’enchaînement des compétitions internationales, finit par peser mentalement et physiquement sur le groupe.
L’élimination confirme que même les équipes les mieux structurées ne sont pas à l’abri de l’usure mentale propre au rôle de champion en titre.
2025 – La Côte d’Ivoire face à son destin
Tenante du titre et portée par son public, la Côte d’Ivoire aborde la CAN 2025 avec une responsabilité immense. L’histoire récente n’est pas favorable aux champions sortants, mais elle offre aussi une opportunité rare : celle de briser enfin cette spirale négative.
Pour y parvenir, les Éléphants devront faire preuve d’une grande maturité émotionnelle, d’une constance collective sans faille et d’une capacité à s’adapter à chaque adversaire. Plus que le talent individuel, c’est la gestion de la pression et la lucidité dans les moments clés qui détermineront leur sort.
Une malédiction bien réelle ?
Au fil des éditions, la CAN confirme son caractère unique, imprévisible et exigeant. La “malédiction du champion” n’a rien de mystique. Elle reflète une réalité profonde du football africain : l’intensité extrême des compétitions, l’usure mentale des équipes au sommet et la rapidité des cycles. En 2025, la Côte d’Ivoire a rendez-vous avec l’histoire. Reste à savoir si elle saura enfin transformer un sacre en continuité.

